Tu es l’acteur d’une grande pièce de théâtre …

Et tu as oublié que tu jouais un rôle

Qu’importe que la vie ait ou n’ait pas de sens, pourvu qu’elle ait un goût.— Fouad Laroui

Dans la vision indienne, l’existence est comparable à une scène de théâtre et l’humain à un acteur.

Farce, tragédie, comédie, absurde …

Tu ne vis pas contre tes émotions, tu les joues, tu les incarnes, tu leur donnes forme et saveur (rasa).

Les 9 goûts de la vie

Le Nāṭyaśāstra (encyclopédique du théâtre) identifie 9 rasas — les “goûts” fondamentaux de l’expérience humaine :

  • Śṛṅgāra — amour ❤️
  • Hāsya — joie 😁
  • Raudra — colère 😡
  • Kāruṇya — tristesse / compassion 😥
  • Bībhatsa — dégoût 🤢
  • Bhayānaka — peur 😰
  • Vīra — courage 💪
  • Adbhuta — émerveillement 🤩
  • Śānta — paix 🧘

👉 Sans rasa, la vie est fade

Les 9 planètes

En Jyotiṣa, les Navagrahas sont les vecteurs karmiques des émotions :

  • 🌞Sūrya (Soleil) — vitalité, autorité
  • 🌙 Candra (Lune) — attachement, sensibilité
  • 🔥Maṅgala (Mars) — colère, action, courage
  • 🧠Budha (Mercure)— joie, curiosité
  • 🌈 Bṛhaspati (Jupiter)— foi, émerveillement
  • 🪷Śukra (Vénus)— amour, désir
  • 🪐Śani (Saturne)— peur, retenue
  • Rāhu— obsession, innovation
  • Ketu — rupture, dégoût

👉 Les émotions ne sont pas seulement psychologiques : elles sont les empreintes de notre passé (karma).

Une émotion naît toujours de trois facteurs :

  • Vibhāva — le déclencheur (situation, personne)
  • Anubhāva — la manifestation (gestes, réactions)
  • Bhāva — l’état intérieur

👉 En astrologie : transits, dashas et yogas jouent le rôle de vibhāva.

Une émotion devient envahissante quand un sthāyi bhāva n’évolue plus

Le mot bhāva signifie état, disposition intérieure.

Le Nāṭyaśāstra distingue 3 formes de Bhāva :

  • Sthāyi bhāva — émotion dominante
  • Vyabhicāri bhāva — les 33 émotions transitoires
  • Sāttvika bhāva — réactions involontaires
  • (larmes, frissons…)

Ce n’est pas l’émotion qui pose problème, c’est l’identification.

La colère (raudra) peut :

  • détruire → Maṅgala affligé
  • protéger → Maṅgala bénéfique

La peur (bhayānaka) peut :

  • paralyser → Śani rigide
  • structurer → Śani fort

Selon le Bṛhat Parāśara Horā Śāstra : “Les planètes sont des formes du Seigneur destinées à distribuer le karma.”

Tes émotions révèlent ton karma passé et indiquent tes leçons présentes.

Bṛhat Parāśara Horā Śāstra

“Le Seigneur Non-Né a de nombreuses incarnations.

Il s’est incarné sur les planètes pour conférer aux êtres vivants le résultat de leur karma.

Il est Janārdana (Jana : “les êtres vivants”, Ārdana “celui qui protège” ou “celui qui punit/le tourmenteur des méchants”).

Il a assumé la forme auspicieuse de Grahas pour détruire les démons (forces maléfiques) et soutenir l’être divin.”

Śāntarasa

Le but n’est pas d’éliminer l’émotion

Selon Abhinavagupta (maître du shivaïsme du Cachemire, yogi, tantrique, poète et dramaturge), la capacité à goûter aux essences universelles des émotions dépend de la transcendance de notre attachement à ces même états émotionnelles. Le rasa ne peut être réellement atteint que par une personne détachée de ses motivations et intérêts personnels, s’identifiant ainsi au Soi Universel Suprême.

Abhinavagupta met également l’accent sur le neuvième rasa, le goût de la tranquillité (śāntarasa), qu’il considère comme le but ultime de tous les autres rasas.

Il compare l’expérience de ce rasa à celle de la libération spirituelle (mokṣa), qui constitue l’objectif ultime de toute existence humaine.

Hymnes de Abhinavagupta, Douze Stances de la Réalité Suprême

“Goûte toujours la paix et abstiens-toi du perpétuel bavardage aux vains propos en évitant les expressions ”qui es-tu ? pourquoi ? comment ? qu’est-cela ?” qui encombrent le chemin.

Ce qui se révèle alors comme la lumière éclairant les distinctions entre existence et non-existence, c’est la manière d’être sans fissure, le Vide, le domaine de Śiva, la Réalité, le suprême brahman.”

En conclusion

L’Aṣṭāvakra Gītā (poème mystique appartenant aux textes classiques de l’Advaita Vedānta ou non-dualité) enseigne que les émotions sont éphémères et appartiennent au domaine de l’illusion (māyā).

La souffrance naît des pensées anxieuses et de rien d’autre en ce monde; fermement convaincu de cela et s’étant affranchi de celles-ci, il est heureux et apaisé en toute circonstance, celui dont les désirs ont disparu.” 11-5

Comme dans une pièce de théâtre, chaque scène a vocation à être jouée.

De la même manière, l’expérience des émotions est inévitable. Il ne s’agit donc pas de chercher l’anesthésie mais la lucidité.

C’est ce discernement qui permet de reconnaître le rôle que nous incarnons, au cœur du grand jeu de l’existence.

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