Les rasa et le Jyotiṣa

Qu’importe que la vie ait ou n’ait pas de sens, pourvu qu’elle ait un goût.  (Fouad Laroui)

Je crois que l’on vit pour expérimenter. La joie, la peine, la colère, l’amour …

Après tout, ne faut-il pas goûter le jus (soma) de la vie pour en tirer une expérience divine ?

Les rasa sont ce qui donnent la saveur à l’incarnation. Le Nāṭyaśāstra, un ancien traité sur les arts du spectacle, identifie neuf rasa principaux : Śṛṅgāra (l’amour, l’érotisme), Hāsya (le comique, la joie), Raudra (la colère), Kāruṇya (la compassion, la tristesse), Bībhatsa (le dégoût), Bhayānaka (la peur), Vīra (le courage, l’héroïsme), Adbhuta (l’émerveillement), Śānta (la paix, la sérénité).

Le texte classique de l’astrologie Jyotiṣa, le Bṛhat parāśara horā śāstra, liste, quant à lui, neuf planètes ou Navagraha : Sūrya, Chandra, Maṅgala, Budha, Bṛhaspati, Śukra, Śani, Rāhu, Ketu. Neuf planètes considérées comme l’incarnation du Seigneur.

Le Seigneur Non-Né a de nombreuses incarnations. Il s’est incarné sur les planètes pour conférer aux êtres vivants le résultat de leur karma. Il est Janārdana (Jana : « les êtres vivants », Ārdana « celui qui protège » ou « celui qui punit/le tourmenteur des méchants »). Il a assumé la forme auspicieuse de Grahas pour détruire les démons (forces maléfiques) et soutenir l’être divin.  (Bṛhat parāśara horā śāstra, 3-4)

Ce sont les planètes qui se déplacent à travers les Nakṣatras (ou astérismes) du zodiaque. Ce zodiaque comprend 27 astérismes partant d’Aśvinī. La même zone est divisée en 12 parties égales à 12 Rāśi (ou signes) partant du Bélier. Les noms des planètes commencent à partir du Soleil. Le signe ascendant est appelé Lagna (ou ascendant). En fonction de l’ascendant, de la jonction et de la séparation des planètes, les effets positifs et négatifs du natif sont déduits. (4-6)

L’auteur, Parāśara, évoque le lien évident entre les qualités personnelles et la disposition des planètes au moment de la naissance. Ainsi, le thème natal est le résultat du karma individuel, se traduisant par le tempérament général mais également les états temporaires de l’être au travers des émotions vécues ponctuellement tout au long de l’incarnation (à l’image des périodes de vie ou des transits planétaires).

Chacune de ces planètes est pareillement associées à une fonction, une saison et un goût.

Cabinet planètaire. Le Soleil et la Lune ont un statut royal, tandis que Mars est le chef de l’armée. Le prince est Mercure. Les ministres sont Jupiter et Vénus. Saturne est un serviteur. Rāhu et Ketu forment l’armée de la dynastie. (14-15)

Saisons planétaires. Vasanta (printemps), Grīṣma (été), Varṣā (pluies), Śarada (automne), Hemant (hiver) et Śiśira (hiver long) sont les six ṛtu, gouvernés par Vénus, Mars, Lune, Mercure, Jupiter et Saturne. (45-46)

Le Soleil est piquant, la Lune est salée, Mars amère, Mercure mixte, Jupiter doux, Vénus aigre et Saturne : astringent. Ces indications servent ainsi de point de départ à une association des navagrahas aux navarasas :

Śṛṅgāra (l’amour, l’érotisme) vert – LUNE/VENUS

Hāsya (le comique, la joie) blanc – MERCURE /JUPITER

Raudra (la colère) rouge – MARS

Kāruṇya (la compassion, la tristesse) gris – LUNE/SATURNE

Bībhatsa (le dégoût) bleu – KETU

Bhayānaka (la peur) noir – KETU/SATURNE/RAHU

Vīra (le courage, l’héroïsme) jaune/orange – SOLEIL/MARS

Adbhuta (l’émerveillement) jaune – JUPITER

Transcendant

Śānta (la paix, la sérénité) – Aucune planète {JUPITER/KETU}

Pour en apprendre plus