Et si toute expansion n’était pas une bénédiction

Le guru n’est pas toujours celui que l’on croit

Bṛhaspati (Jupiter) symbolise l’expansion, la connaissance, la foi et le sens. Il enseigne par les textes, les principes, la vision.

Mais l’expansion jupitérienne peut parfois devenir excessive :

➡️ trop de concepts

➡️ trop d’optimisme

➡️ trop de promesses

➡️ inflation morale

Expandre oui, mais quoi ?

Dans l’astrologie indienne, Bṛhaspati est considéré comme un grand bénéfique naturel. Mais Jupiter n’est pas toujours “bon” : son rôle est d’amplifier.

En Jyotiṣa, une planète peut devenir maléfique par fonction, indépendamment de sa nature intrinsèque. On parle alors de maléfique temporel. Jupiter peut devenir problématique lorsqu’il : gouverne des maisons difficiles (6, 8, 12); devient bādhaka (obstacle); est mal placé (afflictions, dusthāna, combustions, associations)

👉 Pour certains ascendants, Jupiter devient bādhaka, la planète qui crée des retards, blocages ou illusions de progression.

➡️ Jupiter en maison 6 n’annule pas les difficultés : il peut, au contraire, les agrandir.

Śani (Saturne) est le maître du karma (action), du temps (kāla) et du réel. Il retire : le superflu, les illusions, les échappatoires.

Saturne ne donne pas d’explications. Il donne des conséquences.

Le Choc des Titans

Guru (Jupiter) peut signifier : accumulation de savoir sans pratique, spiritualité intellectuelle, inflation de l’ego spirituel.

A l’inverse, Śani (Saturne) restreint, ralentit, dépouille. Il ne promet rien. Il retire ce qui n’est pas solide. Il enseigne par la réalité, la solitude, l’effort et la responsabilité.

Jupiter montre le sommet.

Saturne construit le chemin.

👉 Sans discipline, le savoir reste abstrait.

👉 Sans limites, l’expansion devient fuite.

Alors, qui est le Guru ?

In & Out

Après l’expansion vient la contraction. Après la promesse : l’épreuve.

En Jyotiṣa, les Daśās indiquent quand une planète devient dominante dans une vie. Le thème natal montre le potentiel (le quoi), les Daśās révèlent l’expérience vécue (le quand). La vie n’est pas linéaire : elle est rythmée, comme une respiration.

Chaque Mahādaśā active :

  • une planète (graha)
  • des maisons (bhāvas)
  • un type de dharma

Dans les cycles planétaires, Saturne arrive après Jupiter : Jupiter inspire, rempli, Saturne expire, vide.

Si la sagesse est réelle

→ elle survit.

Si elle est idéologique

→ elle s’effondre.

👉 Śani est le test de vérité de Bṛhaspati.

Un troisième Guru ?

Śukra (Vénus) signifie “lumière”. En Ayurvéda, il désigne aussi la semence, l’essence vitale.

En Jyotiṣa, Śukra est le Guru des Asuras, celui qui enseigne le sacré dans la matière. Śukra est lié à Kāma (plaisir, désir, attraction). Il gouverne : l’amour la sensualité, l’art, la beauté, la capacité à jouir sans se perdre.

👉 Il permet l’alchimie : faire descendre le divin dans le corps.

Śukra exaltée en Mīna (Poissons)

Bien que reliée au plaisir, Śukra est exaltée en Mīna (Poissons), signe de mokṣa (l’éveil spirituelle).

Vénus enseigne que la libération passe aussi par :

  • le raffinement
  • l’harmonie
  • l’amour incarné

Et Ketu ? Ketu (le nœud sud) enseigne par le retrait.

Il retire, coupe :

  • les identités
  • les attachements
  • les certitudes
  • le besoin de sens

Ketu est la mémoire karmique, la spiritualité sans forme, la libération… ou le vide.

Le Mahādaśā de Ketu précède celui de Vénus, intéressant non ?

En réalité, toutes les planètes sont Gurus

  • Le Soleil la confiance en soi
  • La Lune les émotions
  • Mars la maîtrise de l’énergie
  • Mercure la communication
  • Rahu l’innovation

En conclusion

La véritable expansion ne consiste pas toujours à accumuler davantage.

En astrologie, toute planète transmet une forme de connaissance et de sagesse, indépendamment de l’abondance matérielle, de la croissance visible ou de la notion de “récompense”.

Certaines planètes enseignent précisément par le manque, la limitation ou la confrontation à la réalité.

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