Faut-il avoir peur des éclipses ?
Ce que les éclipses disent de nous
Selon les pañcāṅga, une éclipse solaire annulaire (au-dessus de l’Antarctique) aura lieu durant l’Amāvásyā (Nouvelle Lune du 17 Février), ouvrant la saison écliptique.
Symboliquement : réajustement karmique, réalignement des désirs , période de bascule
👉 Les effets réels dépendent toujours du thème natal
Qu’est-ce qu’une éclipse ?
Grahaṇ désigne les éclipses solaires et lunaires en astrologie védique.
Elles se produisent lorsque Rāhu et Ketu interceptent la lumière de Sūrya (Soleil) ou Candra (Lune).
Symboliquement : interruption de la lumière, suspension du connu, activation karmique
Rāhu — L’expansion, le désir, l’obsession. Il pousse à expérimenter, transgresser, explorer l’inconnu. Il crée l’illusion… mais aussi l’innovation. ➡ Rāhu amplifie.
Nakṣatra gouvernés : Ārdrā — tempête, bouleversement, catharsis, Svātī — dispersion, indépendance, mouvement du vent, Śatabhiṣa — guérison, isolement, vérité cachée
Ketu — La mémoire, la coupure, le détachement. Il coupe ce qui n’a plus lieu d’être. Il mène vers la libération par la perte. ➡ Ketu dissout.
Nakṣatra gouvernés : Aśvinī — guérison rapide, impulsion première, Maghā — lignées, ancêtres, Mūla — déracinement, retour à la racine
Ce que disent les textes sur les éclipses
Dans le Bṛhat Saṃhitā, les éclipses ne sont ni uniquement négatives, ni uniformes dans leurs effets. Leur impact dépend du rāśi (signe), du māsa (mois lunaire), du lieu géographique et surtout… du thème natal.
Les classiques expliquent que certaines éclipses apportent pertes, d’autres annoncent prospérité, certaines favorisent les rois, chefs, ascètes, d’autres affectent des groupes précis, pas tout le monde.
👉 Il n’existe aucune règle universelle.
Le Bṛhat Saṃhitā consacre environ cinq pages aux éclipses
Il existe dix sortes d’éclipses solaires et lunaires, décrites chacune selon la forme du disque qui éclipse les luminaires, le rāśi, le māsa, etc.
Par exemple : lorsqu’une éclipse se produit dans le mois de Māgha, les personnes renommées pour leur piété filiale, les descendants de Vasiṣṭha, les hommes observant les principes védiques, ainsi que les éléphants et les chevaux souffriront ; les habitants de Vaṅga, d’Aṅga et de Vārāṇasī seront accablés de malheurs ; toutefois, il y aura des pluies appropriées aux besoins des cultivateurs.
Que faire pendant une éclipse ?
Les recommandations traditionnelles ne sont pas des interdictions mais des pratiques de recentrage :
- silence
- japa (Gaṇapati Atharvaśīrṣam)
- méditation
- repos
- observation intérieure
👉 On évite surtout les décisions impulsives. Pas la vie.
En conclusion
Les éclipses mettent en tension l’axe Rāhu–Ketu, c’est-à-dire l’axe du désir et du détachement.
En astrologie tropicale occidentale, l’accent est souvent mis sur le nœud Nord, donc à Rāhu : aller vers l’inconnu, évoluer, sortir de sa zone de confort.
En jyotiṣa (astrologie sidérale indienne), la logique est différente. On ne se précipite pas vers Rāhu sans avoir intégré Ketu.
Pourquoi ?
- Ketu représente le déjà-vécu, les saṃskāras, les compétences acquises
- Rāhu représente l’obsession, l’expansion, l’inexploré et l’illusion
Se diriger vers Rāhu sans avoir clarifié Ketu peut amplifier la confusion, l’attachement ou la dispersion.
Intégrer Ketu signifie : reconnaître ce qui est terminé, ce qui a été appris, ce qui doit être purifié ou transcendé.
Les éclipses activent précisément cet axe. Elles révèlent : ce que l’on poursuit compulsivement (Rāhu) et ce que l’on doit détacher, achever ou libérer (Ketu).
Elles mettent en lumière un déséquilibre. Ce que les éclipses relèvent de nous n’est pas un destin imposé mais une zone d’inconscience devenue visible. Un attachement excessif. Une fuite. Un cycle non clôturé.
Retourner à son Ketu, c’est revenir à sa base karmique pour la stabiliser. Avancer vers Rāhu, c’est le faire consciemment, sans être avalé par le désir.
Les éclipses dévoilent ce qui ne peut plus rester inconscient.